La servante écarlate de Margaret Atwood

La servante ecarlate de margaret atwood

Auteure : Margaret Atwood

 

Résumé :

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.

 

Mon avis :

Lorsque j’ai vu la bande-annonce de la série, j’ai tout de suite su que je lirai cette dystopie. Le bouquin est plutôt court et se découpe en deux parties : la première au rythme lent, où nous faisons connaissance avec Defred et où elle nous explique le fonctionnement de la république de Gilead. Puis la seconde, au rythme un peu plus soutenu, où les retournements de situation sont bien menés.

 

La première moitié du livre est donc une partie quasi exclusivement narrative. Defred est une narratrice hors pair, au vocabulaire étoffé et aux phrases imagées. (L’extrait est issu de cette première partie.) Sa vie est si monacale, si dénuée de stimuli, qu’elle se nourrit intellectuellement du moindre détail de son quotidien. Ceux-ci deviennent également un prétexte pour se remémorer sa vie passée, avant qu’elle ne devienne une servante écarlate. C’est un point que j’ai aimé dans ce récit : le fait qu’il se déroule juste après la prise de pouvoir de cette minorité fanatique. On assiste à toute la mise en place du système, aux façons dont les dirigeants s’y prennent pour asseoir leur pouvoir. Comment autant de femmes sont-elles devenues des mères porteuses sans identité ? Comment autant de familles ont-elles pu être déchirées ? Comment réussissent-ils à effacer jusqu’à l’identité de ces êtres humains ? Autant de questions qui trouvent réponse au fil des pages.

 

La seconde partie répond à la question essentielle (selon moi !) : pourquoi Defred se laisse-t-elle faire ? C’est alors qu’elle saisit une occasion, prend des risques calculés, certes, mais qui peuvent la conduire à la mort. Puis c’est un enchaînement de situations qui s’imbrique l’une à l’autre et permet à Defred d’avancer, toujours.

 

La plume de Margaret Atwood est une belle découverte. Les décors sont plantés avec minutie, les descriptions assez longues se lisent pourtant facilement. Et le prologue m’a laissée pantoise !

 

*Iléana*

Extrait :

« Le Gardien la passe à la peau de chamois, amoureusement. Cela au moins n’a pas changé, la manière dont les hommes caressent les belles voitures.

Il porte l’uniforme des Gardiens mais sa casquette est basculée de façon coquine, et il a les manches roulées jusqu’au coude, découvrant ses avant-bras bronzés, mais ponctués de poils noirs. Une cigarette est collée au coin de sa bouche, ce qui montre que lui aussi possède quelque chose qu’il peut échanger au marché noir.

Je sais le nom de cet homme : Nick. Je le sais parce que j’ai entendu Rita et Cora parler de lui, et une fois j’ai entendu le Commandant s’adresser à lui : “Nick, je n’aurais pas besoin de la voiture.”

Il vit ici, dans la maison, au-dessus du garage. Statut inférieur : on ne lui a pas attribué de femme, pas même une. Il ne compte pas : quelques défauts, manque de relations. Mais il se comporte comme s’il ne savait pas ni ne s’en souciait. Il est trop désinvolte, il n’est pas assez servile. C’est peut-être par bêtise, mais je ne le crois pas. Ça sent la magouille, disait-on ; ou ça sent le roussi. L’inadaptation assimilée à une odeur. Malgré moi, je me demande ce qu’il peut bien sentir. Ni la magouille, ni le roussi : peau tannée, moite au soleil, enduite de fumée. »

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