Mutations

Mutations thierry gautret de la moriciere

Auteur : Thierry Gautret de La Moricière

 

Résumé :

À peine l’accouchement est-il terminé que les parents disparaissent et abandonnent leur enfant. Est-ce à cause de la pathologie suspectée sur le nourrisson qu’ils ont fui ? À trente-six ans, sage-femme expérimentée, la jolie métisse porte toujours la souffrance du départ de son père pour la Martinique quand elle avait trois ans. Maman d’une fille de dix ans, son instinct maternel et son histoire personnelle la poussent à vouloir protéger l’enfant abandonné. Sortant du cadre de ses prérogatives pour s’opposer aux logiques gestionnaires qui gangrènent l’administration, Renée découvre que la pathologie de l’enfant fait l’objet d’une surveillance secrète par les autorités car une pandémie se profile avec de puissants enjeux économiques et politiques.

 

Mon avis :

Ce n’était pas gagné d’avance avec Mutations. Le premier chapitre, avec des dialogues et des pensées insérés au sein même des paragraphes, m’avait un peu refroidie. Une histoire de mise en page, donc, certainement voulue par l’auteur. Comme je pressentais un univers bien construit, où la plume de Thierry Gautret de La Moricière se fait le miroir du réel de notre société, j’ai poursuivi ma lecture et j’ai aimé !

 

Mon pressentiment s’est donc rapidement révélé exact. Thierry Gautret de La Moricière sait de quoi il parle. Pour commencer, les conditions de travail à l’hôpital sont extrêmement bien retranscrites : cette ambivalence née de l’abnégation des soignants et de leur ras-le-bol sert brillamment l’intrigue. Mais cette immersion dans le milieu médical, lorsqu’il devient plus technique quand l’auteur évoque les mutations génétiques par exemple, pourra peut-être s’avérer un peu ardue pour les novices. Pour ma part, étant infirmière de formation, je n’ai pas eu de souci de ce côté-là. Je pense que le roman reste néanmoins accessible !

 

 Et puis, donc, il y a le monde « d’en Haut », celui des lobbies et de l’État, à la fois magouilleurs et protecteurs. Une ambivalence de plus qui offre de beaux retournements de situation.

 

Ces deux mondes ne se rencontrent jamais frontalement, mais sont étroitement liés. Les actions de l’un engendrent inévitablement des conséquences sur l’autre, et vice versa. Thierry Gautret de La Moricière exploite à fond cette sorte de danse sociétale, de telle façon que, jusqu’à la dernière ligne, nous ignorons comment va se clôturer le récit. Et quelle dernière ligne ! Un régal machiavélique, tout simplement !

 

Côté personnage, il y a Renée, cette sage-femme, ce grain de sable qui n’a même pas conscience d’en être un. Les blessures de son passé la poussent à agir dans le présent. Un message qui invite le lecteur à se poser des questions quant à ses propres choix ! Petite mention aux Antilles, qui s’invitent au fil des pages et apportent à la fois tristesse et réconfort.

 

Dans l’ensemble, les protagonistes sont donc bien construits. Ils jouent leur rôle, interviennent dans l’intrigue pour créer du suspens et des rebondissements. Ainsi, l’intrigue est intéressante et bien menée.

 

Thierry Gautret de La Moricière dévoile un style travaillé, où l’on perçoit des mots sélectionnés avec soin. Les dialogues manquent un peu d’émotions à mon sens, mais les descriptions, tant des décors que de l’humanité ou encore de notre société patriarcale et capitaliste, sont très bien écrites. Ce roman ne se veut pas pour autant antisystème, mais pose quelques questions qui méritent réflexion.

 

Une belle découverte pour moi que je recommande aux lecteurs et lectrices qui ont envie de lire un livre « poussé », aux idéaux explicités et argumentés.

 

*Iléana*

 

Je remercie Thierry Gautret de La Moricière et SimPlement Pro pour ce service presse.

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Extrait :

« — Les gens veulent du confort, posséder, mais ils sont de plus en plus sensibles aux conditions de vie futures de leur progéniture. Ils ont peur de l’avenir. Les oiseaux de mauvais augure ne cessent de les effrayer avec la crise climatique, l’inéluctable effondrement de notre civilisation, le diabolique système capitaliste. D’où ce regain d’intérêt pour l’écologie, le développement durable. Si nous étions capables de proposer à tous les parents du monde des enfants adaptés aux conditions futures sans qu’ils n’aient à renoncer à leur confort, à leur niveau de vie, à leurs habitudes de consommation, à leur niveau de possession, nous jouerions à la fois sur l’affectif et la peur, le besoin de sécurité. Un puissant cocktail de désirs.

— Continuez à vivre comme avant et payez-vous des enfants qui ne souffriront pas de la dégradation de l’environnement. C’est diabolique. »

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